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PREFAZIONE

Grazie alla felice intuizione di un comune amico che ci ha fatti incontrare,  dal 2007  Yves Bergeret  periodicamente,  è nostro compagno di cammino ed azioni, lungo il territorio di Noto Antica.

Uniti dalla comune passione per la “lettura dello spazio” e sua conseguente “rilettura”, camminando insieme attraverso la natura, le tracce dell’uomo, il mormorio dei luoghi, le acque segrete, le grotte oscure, i sentieri dimenticati, il vento, le nuvole … raccogliamo la parola che “nuda si posa sulle pietre bianche”…

Da questa disciplina di attenzione ed ascolto nascono: la parola ferma, potrei dire lapidaria, delle poesie di Yves Bergeret e lo scarnificato ma, simbolicamente essenziale segno, delle sculture di Carlo Sapuppo.

Le due modalità di lavoro divengono così linguaggio, per trattare temi nodali dell’esistenza, amplificati dalle eccezionali qualità  degli spazi in cui si sono prodotte le azioni di trasmissione e dialogo con piccoli gruppi di astanti.

Nel 2007, “la Presenza dell’Altro e la sua accoglienza”, ha trovato il suo luogo privilegiato nelle sacre grotte degli Antenati- Heroa.

Nel 2010, ”l’Alimentazione e il distacco da lei”, nelle scorrenti acque del torrente Carosello…

e oggi, “ l’Osso leggero”, sul dualismo conflittuale dell’isola che qui, nella storia  e  nelle condizioni materiali dell’Eremo della Provvidenza, trova  la sua massima espressione.

Due individui, due differenti modi di apporre segni, due linguaggi stranieri, si incontrano sulla collina della “morta” città di Noto Antica, e nell’impegnativo confronto si scopre il senso comune dell’azione ;  nel  raddoppio della  sua forza la parola chiara apre l’orizzonte”.

Ancora una volta, l’ARTE accende a Noto Antica, un faro di speranza.

Pia Scornavacca

Préface-texte français

immagine

Simone e la sua compagna, giungono per la prima volta a Noto Antica, nelle sue parole l’incontro con il luogo e la partecipazione alla performance.

Immaginavo me e Barbara come pellegrini, salati di mare e sudore, alla ricerca di «casa corpo», come la chiama Yves. Poteva essere sul pendio vertiginoso del teatro di Pergamo o magari a ridosso del santuario di Dioniso Eleutereo ad Atene: non ero mai stato a Noto antica. Siamo arrivati sotto le mura della città, traducendo in immagini le parole di Pia: un ponte, stazioni della via crucis, un monastero, la gola rocciosa e abbagliante della valle; in fondo, un eremo. Ogni cosa con una sagoma ed un nome esatti, sfumati, poi cancellati nella mente dal calore. Come pellegrini abbiamo varcato la porta, l’orecchio volto al cielo, lo sguardo dietro ad ogni traccia di luce per percepire le sillabe di un mito: la promessa del poeta e dello scultore. È apparsa una donna, con il suo cane custode. Le abbiamo chiesto indicazioni, se avesse idea di dove si sarebbe svolta, lì, da qualche parte, una performance artistica, con grandi pannelli dipinti, musica, sculture di ferro. Non lo sapeva. Viveva a Noto solo da qualche mese e non era mai stata in Sicilia prima. Si è unita a noi. Il cane ci precedeva. Ogni tanto verificava se lo seguissimo ancora. Un sentiero sterrato d’un bianco abbacinante, inghiottito da una fitta, sospirosa vegetazione. Mi bevevo l’umore mediterraneo del vento per non tormentarmi le labbra.

L’arrivo a destinazione è stato improvviso – inaspettato. Finiva la terra. Un margine sospeso sull’orizzonte, affacciato sull’isola delle Correnti. Le sculture di Carlo, esili, devote ombre sottili, recitavano la loro armonia con il paesaggio. Intorno sventolavano i calligrammi di Yves; la sua voce e quella di Pia erano un soffio. Dalle finestre del monastero faceva eco il suono ventrale di un violoncello, il pizzicato di un violino. Un emiciclo di persone, accovacciate su un muro a secco o distese su un letto di sassi ed erba, fremeva all’urto con la parola. Una parola sublimata in musica naturale, ritualmente riverberata dalla cassa armonica di un pubblico insieme antico e moderno: il pubblico di un “epos” moderno.

Simone Di Franco

Texte fran. Simone Di Franco

Poèmes et Sculptures

testo di Arsène Caens it

Arsène Caens il joint au Noto Antica sur invitation de Yves Bergeret. Dans les cinq jours qu’ils ont précédé la performance, il a exploré et savouré le territoire et il a pu être témoin des dynamiques constructives du projet “Os léger”.

L’os léger à Noto Antica

À quelques pas de Casa Corpo, l’ermitage de la Providence. Sa face sud, offerte au lointain, se perce de sept fenêtres hautes dominant une pente longue qui descend sur 20 km jusqu’à la mer. Au-delà : l’Afrique. C’est à cet endroit que j’ai vu Yves Bergeret et Carlo Sapuppo projeter leur dialogue de création, chacun des sept poèmes peints du premier – un prévu pour chaque fenêtre, déroulé le long du mur sur leurs 2,50 m de longueur – suscitant de la part du second une sculpture en fer qui lui répond, grosso modo du même format.

Yves Bergeret a fait parler dans le poème L’os léger les voix qu’il a entendues sur  le sol de Sicile – celle de « l’homme sans nom », de « l’île », de « l’os léger »… – et qui selon lui témoignent d’un cheminement sans cesse réaffirmé vers cette parole stable et digne, démocratique au sens grec, que la brutalité d’un sol furieux peut fracasser en un jour, et que malmènent journellement les effets d’une dissension humaine sans âge. Composés dans les semaines ayant précédé la date du 16 juin – écrits puis surtout peints, avec une énergie et une largesse qui m’ont continuellement impressionné avant même d’en avoir vu le résultat complet sur le sol de Noto Antica – les sept poèmes de L’os léger sont le puissant résultat d’une écoute inlassable de ce lieu, ainsi qu’une entreprise plastique majestueuse.

Toujours à échelle humaine, cependant, comme l’ont parfaitement souligné les sculptures de Carlo Sapuppo, mystérieusement anthropomorphes, qui traduisent dans un langage varié, la parole propre à chaque poème. Ces élaborations composites, montant sur des structures en fer – réemployées à partir des réalisations de l’exposition L’ombre loquace – divers objets et matériaux trouvés sur place, fonctionnent comme un pendant matériel à la première lecture en parole du lieu Noto Antica

Le 15 au soir, avant le déclin du jour, nous nous sommes assurés sur place du dispositif, faisant quelques essais de montage en prévision du grand jour. On voyait que chaque rouleau prenait tout à fait bien sa place sur la façade du couvent et – à moins que la dextérité manuelle de Carlo Sapuppo ne nous l’ait entièrement dissimilé – que le système d’attaches au niveau des fenêtres n’était pas trop fastidieux à mettre en place. On constatait aussi la lumineuse souplesse des rouleaux peints, qui se posaient là en silence, recevant du soleil ses derniers rayons orangés.

 En face d’eux, au bord opposé du terre-plein qui s’avance devant le mur, les quelques sculptures de fer déjà achevées – la suite encore en travail – se plantaient une à une dans le sol, offrant aux premières voix du poème leurs éloquentes silhouettes. Avant la nuit nous rangeons les rouleaux, solides certes – et ne craignant pas la pluie sicilienne – mais vulnérables face au vent du sud, qui ne ralentit pas sa course en passant sur la colline lorsqu’il est vraiment pressé.

Chacun avait eu le temps ces jours de s’imprégner du texte d’Yves Bergeret, au point qu’un certain individu, nommé « osso legero », semblait avoir pris toutes ses aises dans le quotidien de Casa Corpo : Carlo cherchant à traduire le poème en sculpture, en discussion soutenue avec Pia Scornavacca, qui d’ailleurs ne se doutait pas le 16 au matin qu’elle aurait à dire au soir le texte dans sa langue, en alternance avec la voix d’Yves Bergeret. Une fois que l’installation serait réalisée, des répétitions étaient donc à prévoir. On attendait par ailleurs des musiciens, pour une partie essentielle de cette d’installation-performance dans son dialogue avec le lieu : une lecture musicale improvisée du langage gestuel et symbolique propre aux poèmes-peinture d’Yves Bergeret. Le public invité de plus ne s’attendait pas à la présence de Savi Mana (violon) et Enrico Sorbello (violoncelle).

16 juin.

De retour en matinée sur le lieu de l’installation, nous ne mesurons pas tout de suite que la violence du vent – levé tôt ce jour, et qui réussit à souffler la journée entière sans faiblir – entraînera un changement de configuration général, obligeant à reporter les poèmes-peinture sur les fenêtres de la face est du couvent, relativement mieux abritées.

Deux espaces naissent ainsi en cours d’installation à partir du premier dispositif imaginé : un pour les sculptures en fer, qui demeurent face à l’Afrique, selon le vœu affirmé de Carlo Sapuppo, et un second pour les rouleaux et la lecture, conférant au « coin » du bâtiment – nouvelle entité dans l’appréhension spatiale du lieu – le rôle imprévu de zone de transit entre les deux chapitres de l’installation.

Arrivent alors les musiciens, et s’entame en milieu de journée une séance de répétition avec le poète, un poème-peinture à l’appui faisant partition, dans un échange passionnant entre la parole poétique, le geste de couleur et la matière musicale, travaillée par deux spécialistes de l’improvisation en musique populaire et contemporaine.

 Grande effervescence suite aux imprévus, l’occasion de constater la souplesse matérielle de l’ensemble, l’efficacité d’Yves dans sa légèreté de maître d’œuvre conscient, et la grande limpidité du projet dans l’esprit de chacun.

Après une rapide mise au point avec la diseuse et réglage succinct des entrées, L’os léger peut débuter. Yves et Pia, debout devant les poèmes, disent le texte face au public ; lui d’abord en français, puis elle. Sur la voix italienne, dès la première partie du poème, le son des instruments de Savi et Enrico se lèvent, provenant d’on ne sait où ; puis apparaissent et s’approchent, rejoignant la parole du poème toujours dit en alternance.

Les voix de L’os léger prenaient ainsi place dans le site de Noto Antica, répondant au passé historique du lieu, orienté sur le présent sicilien le plus contemporain : chacun avait en lui une part de « l’homme fertile », de « l’homme sans nom ». « L’île » parlait par eux tous, siciliens, tandis que « l’étranger » que j’étais trouvait aussi sa place dans la vision du poète. La lecture du lieu proposée par Carlo quant à elle, élégante, fondée sur une grande conscience des ressources matérielles du site de Noto Antica, témoignait d’une réalité sicilienne ressentie de façon lucide au cours de toute une vie. Une fois le texte dit, un cortège se forme, guidé par les musiciens, qui conduisent le groupe vers l’esplanade des sculptures, silencieuses, graciles, sortes de « présence-absence » – selon les termes de Carlo – que notre regard traverse jusqu’à l’horizon.

L’esprit d’éveil et parfois de résistance, entretenu par Carlo et Pia, affirmant la nécessité d’une dignité conquise par l’art et le lien de parole, s’exprimait ici dans une sorte de rite contemporain où la communauté des individus présents pouvait former, dans le déploiement du poème – œuvre collective – un accord de voix en harmonies, libres bien que profondément reliées entre elles. La parole d’Yves Bergeret, participant d’une pensée symbolique dont il poursuit les traces depuis son expérience du Mali, contribuait à la cohérence quasi liturgique de cette brève épopée créatrice.

Ce travail éthique, fondé sur le lien entre la parole et le lieu, retrouvant l’accord entre perspectives de vie et création contemporaine, constitue pour l’anthropologue un terrain aux problématiques humaines certainement rares dans notre monde Européen.

Arsène Caens*

* Arsène Caens né en 1990, franco-suisse, est diplômé en Histoire de l’art, de l’Ecole du Musée du Louvre, à Paris ; il poursuit des études à Paris à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, où il prend part active à des séminaires internationaux de recherche en anthropologie de l’art et en philosophie de l’art. Ses études actuelles le portent en particulier vers l’analyse des croisements artistiques et des improvisations en musique contemporaine et en art contemporain ainsi que vers  les nouvelles formes d’une réaffirmation de l’éthique dans l’art le plus actuel.